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Pensions Actualité

Revalorisation des retraites en janvier 2027 : ce que prévoit le PLFSS

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 réserve la pleine revalorisation des retraites de base aux pensions totales de 1 260 € par mois au plus. Au-delà, sans décret, elles resteraient gelées : le texte n’est pas encore voté.

Trois chiffres du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, non voté : jusqu'à 1 260 € de pensions par mois, revalorisation complète prévue au 1er janvier 2027 ; au-dessus de 1 281 €, pas de hausse sauf décret ; décret possible jusqu'au 31 octobre 2027, rétroactif depuis janvier.
Graphique Boussole Finance, d’après Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 (n° 3211), article 35 (données au 27 octobre 2026)
En bref
Rien n’est voté. La mesure figure à l’article 35 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. L’Assemblée nationale a rejeté l’ensemble du texte en première lecture le 23 octobre 2026 ; le Sénat doit maintenant l’examiner.
Jusqu’à 1 260 € de pensions par mois (toutes retraites additionnées, au 31 décembre 2026) : la retraite de base serait revalorisée normalement au 1er janvier 2027, comme l’inflation.
De 1 260 € à 1 281 € : revalorisation réduite, par paliers, selon un coefficient fixé par décret. Le texte ne dit pas ce qui s’applique avant ce décret.
Au-dessus de 1 281 € : pas de hausse au 1er janvier 2027 (pension « gelée »), sauf décret du gouvernement, qui pourrait être pris jusqu’au 31 octobre 2027 et s’appliquerait rétroactivement depuis janvier. Le décret pourrait distinguer les pensions jusqu’à 2 034 € et celles au-delà.
Seule la retraite de base est visée. Les complémentaires (Agirc-Arrco notamment) ne sont pas concernées, mais leur montant compte pour savoir de quel côté du seuil on se trouve.

Ce que dirait la loi : l’article 35 du PLFSS 2027

Le projet de loi n° 3211, déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026, contient un article 35 intitulé « Dérogation exceptionnelle aux modalités de revalorisation des pensions de retraite pour 2027 ». Il ne vaut que pour l’année 2027.

La règle actuelle, que l’article 35 écarterait pour 2027

Aujourd’hui, les retraites de base sont revalorisées chaque 1er janvier selon l’inflation. L’article L161-23-1 du code de la sécurité sociale (version en vigueur depuis le 1er janvier 2026) renvoie au coefficient de l’article L161-25 : l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels publiés par l’Insee « l’avant-dernier mois » avant la revalorisation, c’est-à-dire en novembre pour une hausse au 1er janvier. Si ce coefficient est inférieur à 1, il est porté à 1 : la pension ne baisse jamais.

Le taux qui s’appliquerait au 1er janvier 2027 n’est donc pas encore connu à la date de cet article : il dépend des indices de prix que l’Insee publiera en novembre 2026.

Le seuil : un montant total de pensions par mois

Le projet de loi ne regarde pas la seule pension de base. Il retient le montant mensuel total, au 31 décembre 2026, de toutes les pensions de vieillesse de la personne :

  • pensions « de droit direct » (sa propre retraite) et « de droit dérivé » (la pension de réversion, versée après le décès du conjoint) ;
  • servies par tous les régimes « légaux ou rendus légalement obligatoires », c’est-à-dire les régimes de base et les régimes complémentaires obligatoires ;
  • majorations, accessoires et suppléments compris, à une exception près : la majoration pour aide constante d’une tierce personne (article L355-1 du code de la sécurité sociale), versée à certains titulaires d’une pension d’invalidité ou d’une retraite pour inaptitude qui remplissent les conditions d’invalidité fixées par ce texte.

Le texte ne précise pas s’il s’agit du montant brut ou net de prélèvements sociaux. L’exposé des motifs parle du montant « total (base et complémentaire) ».

Le barème prévu, tranche par tranche

Total mensuel des pensions au 31/12/2026 Revalorisation de la retraite de base au 1er janvier 2027 Ce qui la fixe
1 260 € ou moins Revalorisation légale complète (inflation hors tabac) La loi (II, a)
Plus de 1 260 € à 1 265 €, 1 270 €, 1 275 € et 1 281 € (quatre paliers) Revalorisation légale réduite, palier par palier, sans pouvoir descendre sous 1 (pas de baisse) ; un second décret peut relever ces coefficients jusqu’au taux légal complet Un décret fixe le coefficient de réduction (II, b) ; décret facultatif de relèvement (III, a)
Plus de 1 281 € à 2 034 € Gel (coefficient 1) tant qu’aucun décret n’est publié ; un décret peut accorder une hausse, par six paliers (2 000, 2 007, 2 014, 2 021, 2 028 et 2 034 €), au plus égale à la plus faible des hausses accordées entre 1 260 et 1 281 € Décret facultatif (III, b)
Plus de 2 034 € Gel tant qu’aucun décret n’est publié ; un décret peut accorder une hausse au plus égale à la plus faible de la tranche précédente Décret facultatif (III, c)

Trois garde-fous figurent dans le texte : aucun coefficient ne peut être inférieur à 1 (aucune pension ne baisserait) ; aucun ne peut dépasser la revalorisation légale complète ; plus la pension totale est élevée, moins la hausse peut être forte.

Pour cette tranche de 1 260 € à 1 281 €, le texte ne précise pas quel coefficient s’appliquerait tant que le décret du II, b n’est pas publié : elle échappe au gel par défaut décrit plus bas, mais aucun taux provisoire n’est prévu.

Les paliers évitent un effet de seuil brutal : sans eux, une personne à 1 261 € perdrait toute la revalorisation, alors qu’à 1 260 € elle la toucherait en entier.

Gel par défaut, décret possible jusqu’au 31 octobre 2027

Le texte prévoit : « Jusqu’à la publication d’un décret mentionné au présent III ou à défaut d’une telle publication au plus tard le 31 octobre 2027, le coefficient de revalorisation […] est fixé, au titre de l’année 2027, à un ». Autrement dit, au-dessus de 1 260 € (hors paliers jusqu’à 1 281 €), la retraite de base resterait au montant de décembre 2026 tant que le gouvernement ne décide rien.

Si un décret est pris, il « s’applique aux pensions dues à compter du 1er janvier 2027 » : la hausse serait alors rétroactive, avec un rappel pour les mois déjà versés. Selon l’exposé des motifs, le comité de suivi des retraites transmettrait une proposition au gouvernement, et plusieurs décrets successifs pourraient être pris en 2027, uniquement à la hausse.

Pour les régimes dont la pension est exprimée en points (en tout ou partie), un décret préciserait comment appliquer la mesure (points supplémentaires ou coefficient).

Qui est concerné, qui ne l’est pas

  • Concernées : les pensions de vieillesse « servies par les régimes obligatoires de base », avec leurs majorations, accessoires et suppléments. C’est le cas de la retraite de base du régime général (Assurance retraite) et des autres régimes de base.
  • Non concernées : les retraites complémentaires, dont l’Agirc-Arrco, qui fixent leur propre revalorisation. L’exposé des motifs rappelle d’ailleurs que les partenaires sociaux qui pilotent l’Agirc-Arrco ont retenu, pour 2024 à 2026, une revalorisation inférieure de 0,4 point à l’inflation hors tabac.
  • Comptées dans le seuil malgré tout : ces complémentaires, ainsi que les pensions de réversion. Une personne dont la retraite de base est faible peut donc dépasser 1 260 € grâce à sa complémentaire ou à une réversion.

Deux exemples de calcul du seuil

Le projet ne fixe aucun taux : il renvoie au coefficient légal (inconnu à ce jour) et à des décrets. Les exemples ci-dessous ne montrent donc que la façon dont le seuil se calcule. Ce sont des exemples fictifs, avec des montants mensuels choisis pour l’illustration, en supposant le texte adopté tel quel.

Exemple 1. Au 31 décembre 2026, une retraitée perçoit 850 € de retraite de base et 380 € de complémentaire Agirc-Arrco.

  1. Total des pensions : 850 + 380 = 1 230 €.
  2. 1 230 € est inférieur ou égal à 1 260 € : sa retraite de base (850 €) serait revalorisée au taux légal complet au 1er janvier 2027.
  3. Ses 380 € de complémentaire suivraient les règles de l’Agirc-Arrco, sans lien avec cet article.

Exemple 2. Au 31 décembre 2026, un retraité perçoit 900 € de retraite de base, 300 € de complémentaire et 150 € de pension de réversion.

  1. Total des pensions, réversion comprise : 900 + 300 + 150 = 1 350 €.
  2. 1 350 € dépasse 1 281 € : sans décret, sa retraite de base (900 €) et la part de réversion versée par un régime de base resteraient à leur montant de décembre 2026.
  3. Si un décret était pris avant le 31 octobre 2027 pour la tranche de 1 281 € à 2 000 €, la hausse fixée s’appliquerait rétroactivement depuis janvier 2027.

Combien la mesure doit rapporter

L’exposé des motifs chiffre l’hypothèse d’un maintien des pensions au-dessus de 1 281 € à 4,0 milliards d’euros en 2027, dont 3,0 milliards pour les comptes de la branche vieillesse. L’annexe du projet sur les comptes estime à 3 milliards d’euros, après prise en compte des effets sur la CSG prélevée sur les revenus de remplacement, le ralentissement des dépenses de pensions « en l’absence de revalorisation par voie réglementaire » au-dessus de 1 260 € par mois. Selon les prévisions de l’annexe du projet, la revalorisation des pensions de retraite de base serait de 0,2 % en moyenne annuelle en 2027, mesure comprise, après 0,9 % en 2026 (moyenne pondérée par les niveaux de pension ; il s’agit de prévisions, pas de taux votés).

Où en est le texte

Date Étape
1er octobre 2026 Dépôt du projet de loi à l’Assemblée nationale
20 octobre 2026 Début de l’examen en séance à l’Assemblée
23 octobre 2026 Rejet de l’ensemble du texte en première lecture par l’Assemblée
4 novembre 2026 Examen du texte par la commission des affaires sociales du Sénat (ordre du jour prévisionnel du Sénat, établi « sous réserve de sa transmission », consulté le 27 octobre 2026)
9 au 17 novembre 2026 Discussion en séance publique au Sénat (même source)
18 novembre 2026 Vote solennel du Sénat sur l’ensemble du texte (même source)
À venir Commission mixte paritaire, nouvelle lecture et lecture définitive, décision éventuelle du Conseil constitutionnel : dates non fixées au 27 octobre 2026

Le rejet par les députés n’enterre pas l’article 35 : la procédure se poursuit au Sénat, puis entre les deux chambres. Le contenu final peut changer (seuils, paliers, suppression de l’article). Cette page sera mise à jour après le vote du Sénat. Suivi officiel : dossier législatif de l’Assemblée nationale.

Les dates de paiement des pensions en 2027 sont dans notre calendrier de versement des retraites 2027.

Sources

  1. Sénat, ordre du jour prévisionnel senat.fr, consulté le 27 octobre 2026
  2. Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, n° 3211, article 35 assemblee-nationale.fr, consulté le 27 octobre 2026
  3. Assemblée nationale, dossier législatif du PLFSS 2027 assemblee-nationale.fr, consulté le 27 octobre 2026
  4. Sénat, dossier législatif du PLFSS 2027 senat.fr, consulté le 27 octobre 2026
  5. Code de la sécurité sociale, art. L161-23-1 (version en vigueur depuis le 01/01/2026) legifrance.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2026
  6. Code de la sécurité sociale, art. L161-25 (version en vigueur depuis le 01/01/2016) legifrance.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2026
  7. Code de la sécurité sociale, art. L355-1 (version en vigueur depuis le 21/12/1985) legifrance.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2026

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