Retraite Guide
Retraite progressive en 2026 : conditions, calcul et démarches
Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est ouverte dès 60 ans avec 150 trimestres. On travaille à temps partiel et l’on touche une part de sa retraite, puis la pension définitive est recalculée.
La retraite progressive permet de réduire son activité en fin de carrière sans attendre l’âge de la retraite à taux plein : on travaille à temps partiel, on garde son salaire réduit, et l’on reçoit en plus une partie de sa retraite. Le dispositif est régi, pour tous les régimes de base depuis le 1er septembre 2023, par les articles L161-22-1-5 à L161-22-1-9 du code de la sécurité sociale, issus de la loi du 14 avril 2023 sur les retraites.
Les trois conditions à remplir en 2026
La loi (art. L161-22-1-5) renvoie à des décrets pour fixer l’âge, la durée d’assurance et les limites du temps partiel. En 2026, selon la fiche F12842 de service-public.gouv.fr et le décret du 15 juillet 2025 :
| Condition | Règle en 2026 | Texte |
|---|---|---|
| Âge | au moins 60 ans | CSS, art. D161-2-24, modifié par le décret n° 2025-681 (pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025) |
| Durée d’assurance | 150 trimestres, dans un ou plusieurs régimes de base | CSS, art. R161-19-5 (depuis le 1er septembre 2023) |
| Activité | temps partiel ou temps réduit entre 40 % et 80 % d’un temps complet | CSS, art. L161-22-1-5, 1° et R161-19-6 |
L’âge de 60 ans s’applique quelle que soit l’année de naissance. Le décret de 2025 a remplacé la formule « l’âge défini par l’article L. 161-17-2 abaissé de deux ans » par « est égal à soixante ans ». Il vaut pour les pensions qui prennent effet à compter du 1er septembre 2025 (article 2 du décret). Une personne née en octobre 1966 atteint donc l’âge requis en octobre 2026 ; il lui faut aussi ses 150 trimestres et un temps partiel dans les limites.
La durée d’assurance compte tous les trimestres validés dans les régimes de base, y compris les « périodes reconnues équivalentes » (périodes assimilées comme le chômage indemnisé ou la maladie, selon les règles de chaque régime). Le relevé de carrière de son compte sur info-retraite.fr permet de connaître son total.
Le temps partiel se mesure par rapport à la durée légale ou conventionnelle du travail. Les salariés au forfait en jours sont concernés : on parle alors de « temps réduit », exprimé en jours ou en demi-journées.
Qui en est exclu
L’article L161-22-1-5 (II) écarte trois situations :
- les personnes en préretraite, qu’elle vienne d’un texte, d’un accord collectif ou d’une décision de l’employeur ;
- celles qui exercent à titre exclusif certaines activités listées par décret (service-public.gouv.fr cite les administrateurs d’un groupement mutualiste ou la vente de biens neufs que l’on confectionne soi-même) ;
- les salariés dont l’indemnité de départ à la retraite sert à maintenir tout ou partie de leur rémunération pendant le temps partiel (code du travail, art. L1237-9).
Combien touche-t-on ? Le calcul de la fraction de pension
Au départ en retraite progressive, la caisse calcule la retraite à titre provisoire, avec les droits acquis à la date de la demande. Elle en verse ensuite une fraction.
Service-public.gouv.fr donne l’exemple d’un temps partiel à 60 %, qui ouvre droit à 40 % de la retraite provisoire. La loi précise que la même fraction est servie par tous les régimes de base (art. L161-22-1-5). La retraite progressive porte aussi sur les retraites complémentaires (fiche F12842). À l’Agirc-Arrco, la fraction de retraite complémentaire est servie « selon les conditions retenues par le régime de base » ; si l’on ne remplit pas les conditions du taux plein faute de durée d’assurance, l’allocation versée pendant la retraite progressive est réduite par des coefficients d’abattement propres à la retraite progressive, fixés selon l’âge et le nombre de trimestres à la date d’effet (circulaire Agirc-Arrco 2023-8-DRJ du 15 septembre 2023 ; le régime publie une table de coefficients pour chaque période d’application).
| Quotité travaillée | Fraction de pension versée |
|---|---|
| 40 % | 60 % |
| 50 % | 50 % |
| 60 % | 40 % |
| 70 % | 30 % |
| 80 % | 20 % |
La pension provisoire est calculée avec les droits acquis au moment de la demande ; la fraction s’applique à ce montant. La pension provisoire peut donc subir une décote : la retraite progressive ne suppose pas le taux plein. Le code de la sécurité sociale prévoit que, lorsqu’un régime applique un coefficient de minoration aux assurés qui n’ont pas la durée d’assurance requise pour le taux plein, ce coefficient « ne peut excéder 25 % du taux plein » (art. R161-19-9, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2026, avec des modalités d’application fixées par le décret n° 2025-1409). La quotité est arrondie au point de pourcentage le plus proche, 0,5 comptant pour 1 (art. R161-19-6).
Exemple chiffré
Exemple fictif, avec des hypothèses choisies pour illustrer le calcul. Montants bruts mensuels, avant prélèvements sociaux et impôt.
Hypothèses : une salariée du privé a 61 ans et 160 trimestres. Elle gagne 3 000 € brut par mois à temps plein. Ses caisses calculent sa retraite provisoire : 1 200 € pour la retraite de base, 600 € pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, soit 1 800 € au total. Ces montants sont supposés tenir déjà compte de la décote du régime de base et des coefficients d’abattement de l’Agirc-Arrco, puisqu’elle n’a pas le taux plein à 61 ans avec 160 trimestres. Elle passe à 60 %.
- Salaire à temps partiel : 3 000 € × 60 % = 1 800 €.
- Fraction de pension : 100 % − 60 % = 40 %.
- Retraite de base versée : 1 200 € × 40 % = 480 €.
- Complémentaire versée (même fraction) : 600 € × 40 % = 240 €.
- Revenu brut total : 1 800 + 480 + 240 = 2 520 €, soit 84 % de son salaire à temps plein, pour 60 % du temps de travail.
Si elle était passée à 80 %, la fraction serait de 20 % : 2 400 € de salaire + 240 € + 120 € = 2 760 € brut.
Le montant réel dépend du calcul de chaque caisse. Un estimateur se trouve dans le compte retraite d’info-retraite.fr (« Mon estimation retraite »).
Les points et trimestres acquis pendant la période
Pendant la retraite progressive, on continue de cotiser sur son salaire à temps partiel, et donc d’acquérir des trimestres et des points. Service-public.gouv.fr signale la possibilité de surcotiser, c’est-à-dire de cotiser sur la base d’un salaire à temps complet. La loi prévoit que l’assuré est informé de cette possibilité, encadrée par l’article L241-3-1 du code de la sécurité sociale.
La fin de la retraite progressive et la pension définitive
Le passage à la retraite complète se fait à la demande de l’assuré, quand il en remplit les conditions (art. L161-22-1-7). La pension complète est calculée « en tenant compte du montant de la pension initiale et de la durée d’assurance accomplie depuis » : les trimestres et les points de la période de temps partiel s’ajoutent. Elle est liquidée dans les conditions habituelles, mais ne peut pas être inférieure au montant entier qui a servi de base au calcul de la fraction, revalorisé le cas échéant (art. D161-2-24-7).
La retraite progressive ne peut être demandée qu’une fois (art. L161-22-1-7).
Les changements en cours de route (art. L161-22-1-8 et fiche F12842) :
| Situation | Effet |
|---|---|
| La quotité change, en restant entre 40 % et 80 % | La fraction est revue au 1er jour du mois civil qui suit la modification ; il faut le déclarer à sa caisse (Carsat pour le régime général). |
| La quotité passe sous 40 % ou au-dessus de 80 % (sans temps complet) | Versement suspendu à partir du 1er jour du mois suivant ; il reprend quand les conditions sont de nouveau remplies. |
| Reprise d’une activité à temps complet | Versement supprimé définitivement à partir du 1er jour du mois suivant, sans nouvelle demande possible. |
| Le revenu à temps partiel atteint ou dépasse le revenu antérieur, actualisé chaque 1er janvier (art. R161-19-11) | Versement supprimé définitivement. |
Les sommes dues ou trop perçues après une suppression, une révision ou une suspension sont régularisées sur douze mois, ou sur une période plus courte à la demande de l’assuré (art. R161-19-11).
Après le passage à la retraite complète, une activité poursuivie ou reprise relève des règles du cumul emploi-retraite.
Les cas particuliers
Salariés à plusieurs employeurs
La loi renvoie à un décret pour les salariés à temps partiel chez plusieurs employeurs (art. L161-22-1-5). La quotité retenue est globale : c’est la somme des quotités de chaque emploi, chacune rapportée à la durée à temps complet applicable (CSS, art. D161-2-24-5, en vigueur depuis le 9 juillet 2024). Exemple : 30 % chez un employeur et 30 % chez un autre font 60 %, soit une fraction de pension de 40 %. Le dossier comprend chaque contrat de travail à temps partiel, une attestation de chaque employeur sur la durée à temps complet de l’entreprise, une déclaration sur l’honneur de ne pas exercer d’autre activité et les bulletins de paie des douze mois civils précédant la demande (art. R161-19-7). Les assistants maternels ont un mode de calcul propre, fondé sur le nombre moyen d’heures d’accueil par contrat (art. R161-19-6 et D161-2-24-5).
Travailleurs indépendants et professions libérales
Depuis le 1er septembre 2023, la loi ouvre la retraite progressive aux non-salariés de deux façons (art. L161-22-1-5) :
- avec une durée de travail mesurable : même règle que les salariés, entre 40 % et 80 % ;
- sans durée de travail définie (cas de la plupart des indépendants) : l’activité, exercée à titre exclusif, doit procurer un revenu minimal et s’accompagner d’une baisse des revenus professionnels (art. D161-2-24-1, rédaction applicable aux pensions prenant effet depuis le 1er janvier 2026) :
- revenu annuel de cette activité au moins égal à 40 % du Smic brut annuel (Smic au 1er janvier, sur la durée légale du travail), apprécié sur l’avant-dernière année civile avant la demande ; - baisse des revenus professionnels comprise entre 20 % et 60 %, arrondie à l’unité ; - la fraction de pension est égale au pourcentage de baisse des revenus (art. D161-2-24-3). Pour ces assurés, elle est fixée à titre provisionnel à 50 % pendant les dix-huit premiers mois, puis révisée chaque 1er juillet à partir de la deuxième année ; le versement prend effet au 1er janvier qui suit la demande (art. D161-2-24-2).
Les exploitants agricoles y ont droit s’ils s’engagent dans une cessation progressive de leur activité ; en cas de cession de terres ou de parts sociales, la fraction est égale à la part cédée, sans dépasser 60 % (art. D161-2-24-3).
Fonctionnaires et contractuels de la fonction publique
Les fonctionnaires ont accès à la retraite progressive depuis le 1er septembre 2023 (décret n° 2023-753 du 10 août 2023). Le code des pensions civiles et militaires parle de « pension partielle ». Les conditions en 2026 (art. D37-1 et fiche F37400) :
- 60 ans, pour les pensions qui prennent effet depuis le 1er septembre 2025 ;
- 150 trimestres ;
- une autorisation de temps partiel entre 50 % et 90 %. Cette condition ne s’applique pas à un emploi à temps non complet ; avec plusieurs emplois à temps non complet, la durée totale ne doit pas dépasser 90 %. Le temps partiel thérapeutique n’y ouvre pas droit.
La pension partielle est égale à la pension calculée à la date d’effet multipliée par la quotité non travaillée (art. D37-2). La demande se fait auprès du Service des retraites de l’État (SRE) pour l’État, de la CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière ; l’employeur transmet l’autorisation de temps partiel. La pension partielle est mise en paiement un mois après la notification de sa concession.
Les contractuels suivent les règles du secteur privé, avec les règles de temps partiel de la fonction publique (fiche F37400). Les contractuels et fonctionnaires sur emplois à temps non complet y ont accès sans condition de temps partiel (art. L161-22-1-6) : la fraction est égale à 100 % moins la quotité totale travaillée, sans dépasser 60 %, et la durée totale de plusieurs emplois ne doit pas dépasser 90 % (art. D161-2-24-3 et D161-2-24-6).
Demander à son employeur : délais et refus
Dans le privé, le salarié à temps plein qui veut passer à temps partiel pour une retraite progressive adresse sa demande à l’employeur (code du travail, art. L3123-4-1, modifié par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, en vigueur depuis le 26 octobre 2025). Les modalités pratiques sont décrites par la fiche F12842 (vérifiée le 17 novembre 2025) :
- Demande à l’employeur par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins deux mois avant la date souhaitée, en indiquant la durée de travail et la date de début.
- Réponse de l’employeur par lettre recommandée dans les deux mois suivant la réception de la demande. Sans réponse écrite et motivée dans ce délai, l’accord de l’employeur est réputé acquis (art. L3123-4-1).
- En cas de refus, il doit être justifié par l’incompatibilité de la durée de travail demandée avec l’activité économique de l’entreprise. La justification rend notamment compte des conséquences de la réduction du temps de travail sur la continuité de l’activité de l’entreprise ou du service et, si elle implique un recrutement, des difficultés pour y procéder sur le poste concerné (art. L3123-4-1).
Un salarié déjà à temps partiel peut demander la retraite progressive sans passer par cette étape (fiche F12842).
Demander la retraite progressive aux caisses
- En ligne, sur son compte info-retraite.fr, service « Demander ma retraite progressive » : une demande unique transmise à toutes les caisses où l’on a des droits.
- Au plus tôt cinq mois avant la date souhaitée.
- Pièce obligatoire : l’attestation de retraite progressive remplie par l’employeur (formulaire officiel, téléchargeable depuis info-retraite.fr ou service-public.gouv.fr).
- Sans internet : formulaire papier de demande de retraite progressive, adressé à l’une de ses caisses.
Lexique
- Quotité de travail : part d’un temps complet effectivement travaillée (60 % pour trois jours sur cinq).
- Fraction de pension : part de la retraite provisoire versée pendant la retraite progressive.
- Liquidation provisoire : calcul de la retraite avec les droits acquis au jour de la demande, révisé au départ définitif.
- Durée d’assurance : nombre de trimestres validés dans les régimes de base, y compris les périodes assimilées.
- Décote : minoration de la pension quand on n’a ni l’âge ni la durée d’assurance du taux plein.
- Carsat : caisse régionale de l’Assurance retraite (régime général).
- SRE, CNRACL : caisses de retraite des fonctionnaires de l’État d’une part, des collectivités locales et hôpitaux d’autre part.
- Surcotisation : cotisations retraite calculées sur un salaire à temps complet malgré le temps partiel.
Contenu informatif, qui ne constitue pas un conseil personnalisé et ne remplace pas l’estimation de votre caisse de retraite. La rédaction.
Sources
- Code de la sécurité sociale, art. L161-22-1-5 à L161-22-1-9 (retraite progressive), version en vigueur au 28/10/2026 ; L161-22-1-5 en vigueur depuis le 26/10/2025 legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Code de la sécurité sociale, art. R161-19-5 à R161-19-11 (150 trimestres, quotité 40-80 %, pièces, décote plafonnée), version en vigueur au 28/10/2026 legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Code de la sécurité sociale, art. D161-2-24 à D161-2-24-7 (âge de 60 ans, indépendants, fraction, pension complète), version en vigueur au 28/10/2026 legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 fixant l’âge d’ouverture du droit à la retraite progressive à soixante ans (JORF du 23/07/2025) legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Code du travail, art. L3123-4-1 (demande de temps partiel en vue d’une retraite progressive, refus de l’employeur), en vigueur depuis le 26/10/2025 legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Agirc-Arrco, circulaire 2023-8-DRJ du 15 septembre 2023, « Retraite progressive » (coefficients d’abattement spécifiques) agirc-arrco.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Code des pensions civiles et militaires de retraite, art. D37-1 à D37-3 (pension partielle des fonctionnaires de l’État), version en vigueur au 28/10/2026 legifrance.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Service-public.gouv.fr, fiche F12842 « Retraite progressive du salarié » (vérifiée le 17 novembre 2025) service-public.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
- Service-public.gouv.fr, fiche F37400 « Retraite progressive de l’agent public » (vérifiée le 1er septembre 2025) service-public.gouv.fr, consulté le 28 octobre 2026
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